De quand datent l’arc et la flèche?

8 avril 2019
Les preuves les plus anciennes de pointes de flèches datent de plus de 70 000 ans.

Depuis plusieurs décennies, un arc en bois fabriqué à partir d’un seul morceau de bois d’orme repose dans une vitrine au rez-de-chaussée du musée national au centre de la capitale danoise de Copenhague.

(À quelques centaines de mètres du palais de Christiansborg, qui a accueilli les finales des Championnats du Monde de tir à l’arc 2015.)

L’arc est cassé en cinq morceaux. Entier, il mesure 64 pouces de long et il est de couleur brun foncé brillant. Cet arc est connu sous le nom de Holmegaard et il est l’un des nombreux trouvés au début du XXe siècle dans les tourbières de l’île de Zélande.

À première vue, ce n’est pas le spectacle le plus incroyable au monde, urtout pour quelque chose d’aussi important. Parce que l’arc de Holmegaard est – officiellement – l’arc le plus ancien du monde. (Ou plutôt, c’est le plus ancien arc complet et la chose la plus ancienne qui soit incontestablement un arc).

L’arc de Holmegaard

L’arc de Holmegaard a été daté d’environ 7 000 ans av. J.-C., à l’ère mésolithique, et a donc presque 10 000 ans.

Cette date n’est pas remise en question, car elle se base sur les couches de tourbe dans lesquelles elle a été trouvée. La grande quantité d’agent de conservation, le formaldéhyde, le maintient dans le même état que lorsqu’il a été trouvé depuis de son retrait des limites confinées et sans oxygène de la tourbière. Mais cette condition a également empêché toute datation plus spécifique, aux agents chimiques ou au carbone.

L’arc a été fabriqué et utilisé par les gens de la culture maglémosienne. Ceux-ci étaient des chasseurs nomades sophistiqués qui possédaient des bijoux, des chiens domestiqués et même des pirogues décorées.

Il est frappant de voir à quel point l’arc de Holmegaard est moderne. Il présente un design caractéristique avec des branches larges et effilées et une poignée profonde, étroite et découpée. Sa coupe est en forme de D plat, semblable à un arc anglais moderne, avec un dos arrondi et un ventre plat.

Des facteurs d’arcs modernes ont réalisé des reproductions et l’ont trouvé très efficace.

Les branches larges répartissent la tension dûe à la traction de l’arc et réduisent les risques de rupture, tandis que les branches fuselées augmentent la vitesse conférée à la flèche.

Comme l’a souligné Jan Sachers, historien du tir à l’arc, il a même été fabriqué de manière efficiente. Il y a près de 10 millénaires, un facteur d’arc, quelque part en Europe du Nord, aurait soigneusement sélectionné un tronc étroit en orme sans nœuds ayant poussé à l’ombre. (Le bois d’orme abrité du soleil produirait un grain plus petit et plus dur.)

Alors qu’ils n’utilisaient que les simples outils en pierre dont il disposait pour construire l’arc final, prendre un tel soin lors du choix du bois réduisait le temps passé à le travailler ensuite. Le processus de fabrication n'était pas simple; cela prenait du temps, de la réflexion et des connaissances.

L’arc de Holmegaard n’était pas le premier du genre. Il a évolué et a probablement été précédé par des milliers d’autres versions. C’était un outil technique, probablement fabriqué par un spécialiste qui avait appris le métier grâce aux centaines de facteurs d’arc - et aux très nombreux arcs - qui les avaient précédés.

Donc, si cet arc est le plus ancien qu l’on connaise, mais clairement pas le premier, quel âge ont donc l’arc et la flèche? La réponse est profondément enfouie dans la préhistoire.

évolution humaine

Des fragments de flèches en pin datant de quelques 1000 ans après l’arc de Holmegaard ont été découverts à Stellmoor, près de Hambourg, en Allemagne. Aucun arc ni flèche plus anciens n’ont été retrouvés, du moins pour l’instant.

Le bois ne survit généralement pas depuis l’Antiquité, à moins d’avoir été conservé dans un environnement humide et sans oxygène, tel que la tourbe. Malgré l’omniprésence de l’arc à travers les cultures et le monde, la plupart de nos connaissances sur l’histoire ancienne du tir à l’arc nous vient d’un interprétation à partir de pointes de flèches.

Les têtes de flèche étaient faites en silex bien avant d’être en métal. Deux substances qui restent préservées beaucoup plus longtemps que le bois.

En Europe, les archéologues ont trouvé des silex travaillés triangulaires, qui sont presque certainement des pointes de flèches, datant de la période solutréenne. C’était il y a environ 20 000 ans, lorsque les humains ont commencé à migrer vers l’Amérique du Nord.

(Cela remonte à la période entre le paléolithique supérieur, ou début de l’âge de pierre, et le mésolithique, ou milieu de l’âge de pierre.)

Construire le type de pointes de projectiles légères, résistantes et tranchantes pouvant tenir sur le bout d’une flèche nécessite des compétences et constitue une preuve des facultés cognitives des premiers humains. La capacité de fabriquer un outil aussi avancé est la clé de l’évolution humaine.

Le moment exact où des pointes ont été fixées à des hampes et lancées grace à un simple bâton courbé est toujours débattu.

Les projectiles

Le concept de base de l’amélioration de la capacité du bras humain avec des outils remonte très loin dans le passé. Il y a 500 000 ans,  les humains archaïques utilisaient des projectiles tels que des lances - de simples morceaux de bois aiguisés - et des fléchettes pour chasser les animaux.

Au cours des 100 000 dernières années environ, la technologie a explosé.

L’invention de l’arc a été précédée par le propulseur, un bâton qui donne un effet de levier et permet de propulser une lance ou une fléchette, et que l’on a retrouvé presque partout dans le monde.

Plus récemment, des découvertes dans une grotte datant d’il y a 71 000 ans en Afrique du Sud ont révélé des pointes de lame en pierre complexes qui ressemblent aux pointes de flèches récentes, suggérant une origine encore plus ancienne du tir à l’arc que celle largement envisagée.

La raison de la combinaison finale de la flèche et de l’arc est spéculative, mais il est certain que cette technologie était si bénéfique que le tir à l’arc s’est répandu dans les cultures humaines du monde entier. Et, avec l’invention de la roue et la capacité à faire du feu, il est l’un des rares à avoir persisté en grande partie inchangé.

Invention

Pouvez-vous imaginer la personne à l’époque qui a plié la branche d’un petit arbre, l’a lâchée et, alors que celle-ci reprenait sa position, se demandait quelles pouvaient être les perspectives futures?

L’homme primitif connaissait les propriétés élastiques de certains types de bois, car il existe des preuves de pièges à ressort. Il est même possible que les premiers arcs aient été des jouets ou une sorte d’instrument de musique.

Peut-être plus important que la date exacte de son invention, c’est la question de ce que l’arc pouvait bien représenter.

Poussé par l’instinct le plus élémentaire - la faim - l’esprit humain était capable d’incroyables progrès technologiques. L’arc permettait aux gens de chasser de manière plus efficace, d’exploiter des terres auparavant inaccessibles et constituait probablement une immense démonstration de force. Il a permis d’acquérir ces calories supplémentaires vitales qui ont laissé du temps pour d’autres activités telles que la construction, la domestication et la conversation.

Son développement a été un moment clé sur la route de la civilisation.

D’après les éléments de preuve, nous savons que l’arc et la flèche, au sens moderne et évolué, ont au moins 10 000 ans. Nous sommes à peu près certains que les silex en pointe de flèche montrent que le tir à l’arc a au moins 20 000 ans, et il est possible que nos ancêtres tiraient déjà avec des arcs il y a 70 000 ans… ou plus.

Remerciements à Hugh Soar pour son aide. Images utilisées à titre gracieux sous licence de publication ouverte à des fins éducatives, sauf mention contraire.