Les neuf défis à surmonter pour l'archer en campagne

14 septembre 2018
Cortina (ITA)
Le tir à l'arc en campagne c'est plus amusant quand on est bien préparé.

Le tir à l'arc en campagne, c'est non seulement une discipline de précision, mais cela exige également une assimilation des variations de terrain et des conditions, de la technique et de l'équipement.

Tirer sur des cibles de tailles différentes et à des distances variables nécessite d'acquérir des compétences supplémentaires, avec pour but ultime la maîtrise du parcours de tir.

Dans le contexte époustouflant des Alpes italiennes, les compétiteurs des Championnats du Monde de tir à l'arc en campagne 2018 de Cortina ont dû gérer les angles délicats des pistes de ski, un parcours physiquement épuisant et des conditions météorologiques passant du soleil à la pluie.

Chaque cible d’un parcours de tir en campagne compte et, même si certains ne le réalisent pas, tout archer expérimenté passe par une routine qui évalue l'approche de chacun de ses tirs.

Cela peut sembler difficile, mais le tir à l’arc en campagne est à la fois incroyablement amusant et très enrichissant. Surtout lorsque vous y êtes préparés - et êtes prêts à relever ces neuf défis auxquels vous devrez faire face lorsque vous vous lancez sur le parcours.

1. La position de tir

“La chose la plus importante que vous allez ressentir [par rapport au tir à l’arc sur cible] c'est une prise de pied différente car vous n’êtes pas sur un terrain plat; il y aura des racines, de l'herbe ou de la boue qui vous feront placer vos pieds l'un contre l'autre,” dit Matthew Requa.

Si la plupart des archers américains préfèrent garder leurs pieds serrés sur des terrains accidentés, le Français JC Valladont est réputé pour choisir une position beaucoup écartée.

C'est, comme souvent en tir à l'arc, une histoire de préférence personnelle. L'essentiel est de trouver une base stable à partir de laquelle exécuter le tir, ce qui peut vouloir dire utiliser des roches, un proche feuillage ou creuser une saillie dans la pente avec vos bottes, comme le suggère Sander Dolderman

2. cible et distance

La partie non marquée des parcours en campagne de World Archery comprend quatre cibles de tailles différentes positionnées à des distances comprises entre des minimums et des maximums prédéfinis. Le premier défi consiste à déterminer la taille de la cible utilisée et le second à trouver un repère.

Les techniques pour identifier la taille de la cible consistent à comparer son diamètre aux trous des flèches déjà marqués - si ces trous ont l'air petits la cible est plus petite, s'ils semblent plus grands alors elle plus petite - ou à utiliser la taille du support de cible, mais cela peut être trompeur.

L'estimation de la distance est un autre article en soi (à venir également), mais la plupart des athlètes utilisent un mélange d’instinct, comptant des plus petites portions sur le sol et en les additionnant, tout en comparant la taille de la cible à vue à travers leurs jumelles ou leur viseur.

“Ce que je fais, c'est de me dire que peu importe où je se trouve mon viseur, j'aurai toujours besoin d'un bon tir si je veux savoir si mon repère est correct,” explique Linda Ochoa-Anderson.

3. réduire

Contre toutes attentes pour les nouveaux archers en campagne, tant les pentes montantes que les descendantes raccourciront la distance effective d'une cible. La raison est que la gravité affecte le vol de la flèche de manière différente par rapport à un tir sur un sol plat.

Lorsque l'on tire en descente, la gravité travaille avec la flèche pour la faire voler plus vite plus longtemps; en montée, la vitesse de la flèche travaille plus directement contre la force de gravité, ce qui signifie qu’elle ne s’incurve (ou ne descend) pas autant.

La plupart des archers réduiront davantage la distance effective de la cible pour un tir en descente que pour un tir en montée - mais les chiffres exacts seront particuliers au style d'arc, à l'équipement et à la technique.

À titre d’exemple, la majorité des archers poulies ont dû tirer sur la dernière cible de la finale de Cortina, située à 60 mètres, avec un règlage de viseur à environ 54 mètres.

4. l'Angle

Même si le repère du viseur est correct, il est toujours difficile d’obtenir un angle du corps correct.

“Je vérifie toujours que ma position, qui est comme un ‘T’, est correcte pour que je puisse bouger mes hanches correctement,” dit la championne du monde de tir en campagne 2018 Lisa Unruh.

La plupart des tireurs essaient de se plier au niveau des hanches afin de garder la forme de la moitié supérieure de leur corps identique d'une cible à l'autre. Ce n’est pas toujours possible à des angles extrêmes, et des positions inhabituelles initieront une tension musculaire qui affectera le vol de la flèche.

Les archers classiques et poulies trouvent ceci plus facile à gérer, car les deux ont un système de contrôle d'allonge, respectivement le clicker sur l'arc classique et le mur sur l'arc à poulies, qui assurent que la corde soit toujours tirée à la même distance, quelque soit l'angle.

Pour les archers barebow (arc nu), qui n’ont accès à aucun de ces contrôles, c’est une autre histoire, et le maintien d’une posture correcte du haut du corps est d’autant plus important.

5. pente transversale

“Trouvez quelque chose en arrière-plan qui soit droit, en haut et en bas, puis inclinez votre arc de manière à ce qu’il paraisse tout droit [en comparaison]. Cela vous aidera avec les angles et évitera les problèmes de gauche ou de droite,” conseille Requa.

Se pencher – ou incliner l'arc – peut poser problème sur terrain plat, mais lorsque vous avez des pentes transversales allant de gauche à droite et de droite à gauche, et même une base instable, il est difficile de savoir où est le haut.

Une toute petite inclinaison peut provoquer une déviation spectaculaire de la flèche horizontalement, donc en dehors de la bulle du viseur de l’archer à poulies, les arbres sont les meilleurs alliés de l’archer en campagne. Ils poussent normalement vers le haut et sont donc la meilleure référence pour comparer sa branche supérieure, afin de s’assurer qu’il n’ya pas d’angle indésirable sur l’arc.

Curieusement, même lorsque qu'il n'y a pas d'inclinaison et que l'angle de l'arc est correct, cela peut sembler anormal en raison de la position du corps ou du terrain.

6. La lumière

Non seulement le niveau de lumière change la perception de l’œil et peut donc avoir un impact sur le jugement et l’évaluation de la cible, mais le contraste entre ombre et lumière peut aussi rendre la visée difficile, en particulier pour les archers poulies.

“La vision de la visette change,” explique Dolderman, en particulier si le trou de la visette est trop petit. “Cela peut s'avérer compliquer de voir au travers sans lumière.”

De nombreux archers à poulies choisissent soit une ouverture plus large, soit un verre de viseur avec un grossissement plus faible que celui qu'il pourraient utiliser pour du tir sur cible, ou les deux.

7. l'exécution

Avec tous ces petits détails, reste encore à l'archer en campagne à délivrer un bon tir.

“Il y a tellement de choses à faire, mais vous devez bien viser et vous devez bien exécuter,” déclare le champion du monde de tir en campagne 2016 Steve Anderson.

“Il ya une grande différence entre s'entraîner et être sur le terrain, comprendre la dynamique du tir en descente et en montée, et la manière dont votre façon de viser va fonctionner lorsque vous serez en action.”

La compréhension ne vient qu'avec l'expérience.

8. méditer

L’appréciation du tir par l’archer lui-même est plus cruciale encore que la simple réussite du tir.

Tant de décisions, en plus de la qualité d'exécution, affectent l'endroit où la flèche atterrit que cette remise en question honnête du processus est essentielle pour réussir une cible.

Était-ce un bon tir? Ai-je visé au bon endroit? Ai-je bien jugé la distance ou l'angle de tir?

“Assurez-vous que votre première flèche est votre meilleure flèche, de sorte que vous pouvez faire des adaptations à partir celle-ci. Si la première n’est pas bonne, alors espérez que votre deuxième le soit ou du moins ayez une idée de l’endroit où elle va atterrir,” conseille l'archer barebow John Demmer III.

Qu'une cible se passe bien ou mal, un bon archer en campagne en tirera les leçons - comment l'arc se comporte, si les marques de visée sont correctes et où les flèches atterrissent - et les emportera avec lui vers la prochaine cible du parcours.

9. météo, endurance et constance

En plus de tous les défis spécifiques au tir à l'arc en campagne, il y a aussi les conditions - qui, soit dit en passant, sont beaucoup plus difficiles à gérer par rapport à un pas de tir sur cibles.

Il est peu probable que quelqu'un ait emporté une tente, alors utiliser la protection offerte par les arbres, protéger et sécher son équipement et garder les choses hors de la boue, tout cela devient beaucoup plus délicat.

Chaque parcours de tir en campagne est différent. Certains sont plats, d'autres rendent les déplacements beaucoup plus difficiles.

Les boucles à 24 cibles de plus de six kilomètres de Cortina n'étaient pas faciles. À plus de 1500 mètres d’altitude au-dessus du niveau de la mer, les pentes ressemblaient plus à une course d'orientation qu’à une simple promenade. Il ne faut pas sous-estimer l’effet d’une augmentation de la fréquence cardiaque due à une montée rapide sur le flanc d’une montagne quand arrive le moment de réussir une bonne flèche.

“Ce sont de très longues journées et les parcours sont difficiles, alors je pense que rester mentalement dans le jeu tout le temps est très important,” explique Paige Pearce.

“C’est vraiment facile de laisser votre esprit vagabonder sur certaines cibles et de perdre des points inutilement. Il faut donc être fort mentalement, qu’il pleuve, qu'il vente ou que la pente soit mauvaise.”

Alors, qu'est-ce que cela peut bien apporter d’avoir relevé tous les défis d'un parcours de tir en campagne?

C’est la satisfaction de réussir une bonne cible.

Les Championnats du Monde de tir à l'arc en campagne 2018 se sont déroulés du 4 au 9 septembre à Cortina, en Italie.