Meilleurs archers olympiques de tous les temps: #2 Darrell Pace

30 juin 2016
World Archery a dressé une liste des meilleurs athlètes olympiques de l'histoire du tir à l'arc depuis Paris 1900 jusqu'à Londres 2012.

Une partie des photos avec la permission de Yoshi Komatsu.

À l'approche des Jeux Olympiques 2016 à Rio, nous révélerons chaque semaine un autre ahtlète de notre liste des quinze meilleurs archers olympiques de tous les temps. Cette semaine, c'est au tour de…

#2: Darrell Pace

CNO: USA 

Naissance: 23 octobre1956, Cincinnati, Ohio, USA 

Participations olympiques: 3 (Montréal 1976, Los Angeles 1984, Séoul 1988)

Les médailles

Montréal 1976 Jeux Olympiques
Los Angeles 1984 Jeux Olympiques
Séoul 1988 Jeux Olympiques

La citation

“Je peux parler avec un compétiteur qui est aussi un ami, mais quand le sifflet retentit et que je vais sur la ligne, je me dis: ‘Il ne va pas me battre. Je ne le laisserai pas me battre.’” – Darrell Pace

La raison

Darrell Pace est le plus grand archer sur cibles des Etats-Unis. Il se distingue de tous les autres athlètes au palmarès olympique comme le seul archer à avoir gagner deux fois le titre individuel, en 1976 et 1984. À une époque où les archers US étaient dominateurs sur la scène internationale, il est devenu le compétiteur olympique suprême.

Dès son jeune âge, il démontrait une conscience de soi qui allait être déterminante pour sa carrière sportive.

“Je me suis rendu compte que j'étais meilleur dans les sports individuels, par opposition à ceux par équipe,” disait-il en 1994. “Je faisais du baseball, et j'étais frustré quand je jouais bien et que mon équipe ne gagnait pas. Cela n'avait aucun sans non plus pour moi si j'étais mauvais et que mon équipe gagnait quand même. Voilà pourquoi je me suis tourné vers les sports individuels.”

En 1972, Pace participait aux sélections olympiques américaines, à l'âge de 15 ans. Il terminait à la cinquième place, à seulement 10 points d'une place dans l'équipe.

“Ce fut un grand moment de vérité pour moi... Quand j'ai regardé les Jeux à la télévision, je me suis dit: ‘Voilà. Je ne manquerai jamais plus une sélection dans l'équipe olympique’.”

Pace se mettait alors mis à sa tâche avec un dévouement total. Il remportait les championnats nationaux en 1973, le premier de quatre titres consécutifs. L'année suivante, il établissait un nouveau record du monde dans l'épreuve 1440 avec 1291 points; et en 1975 le portait à 1316 – la même année où il remportait ses premiers Championnats du Monde, en Suisse.

(Rappelez-vous, à cette époque la flèche en carbone n'avait pas encore été inventée. Pace a réussi 1316 avec des tubes tout en aluminium.)

En 1976, il allait se rendre au Canada pour les Jeux de Montréal. La compétition individuelle se jouait selon le format du ‘Double FITA’ utilisé aux Jeux de 1972 à 1984. Les deux épreuves 1440 se déroulaient sur quatre jours, et c'est le score final de chacun qui désignaient les médaillés – les tours à élimination directe n'existaient pas encore à ce moment-là. Le jeune Pace, 19 ans seulement, survolait la compétition avec un nouveau record du monde de 2571.

“Il y a un sentiment qui dure juste une minute,” se remémorant le moment où il est monté sur le podium. “Mais quel sentiment incroyable que de savoir que tu es le meilleur dans le monde dans ce que tu fais.”

Il est impossible de parler de la carrière de Darrell Pace sans mentionner Rick McKinney, son coéquipier dans l'équipe américaine et rival de longue date.

Nés à seulement 140 km de distance, leur rivalité a commencé en 1973 alors qu'ils étaient tous deux adolescents, après que Pace ait battu McKinney d'un tout petit point pour une place dans l'équipe pour les championnats du monde. Les deux amis se sont affrontés dans des douzaines de tournois nationaux et internationaux durant deux décennies, Pace prenant le dessus dans la course à la gloire olympique, mais McKinney obtenant trois titres mondiaux à la fin, contre deux pour Pace.

“Nous étions de fantastiques amis quand nous n'étions pas sur le pas de tir,” déclarait Pace en 1985. “Sur la ligne, c'était œil pour œil, dent pour dent. Je ne sais pas si j'aurais été aussi bon si notre rivalité n'avait pas existé. Je pense que non.”

En 1979 au Japon, Pace battait une nouvelle fois le record du monde de l'épreuve 1440 avec 1341, bien que souffrant d'un décalage horaire évident et avec un arc qui n'avait pas été réglé. Il se qualifiait à la première place pour l'équipe olympique de 1980, mais en janvier cette année-là, le président américain insistait pour un boycott des Jeux Olympiques de Moscou par la délégation américaine toute entière, en protestation contre l'invasion soviétique de l'Afghanistan.

De nombreuses personnes ont supposé que Pace aurait certainement gagner l'or à Moscou s'il avait été autorisé à concourir. “Les chances auraient été de son côté. Darrell était toujous au sommet de son art,” confirmait Rick McKinney.

Plus tard, Pace revendiqua que l'or “lui aurait été quasiment assuré”. Frustré, il considéra prendre sa retraite.

“J'allais arrêter en 1980 en raison du boycott. J'étais motivé et prêt à partir, et quand nous n'avons pas pu y aller, j'ai juste laissé tombé l'année,” expliquait-il. “Mais en 1984, j'étais psychologiquement prêt à tirer.”

Après des mondiaux spectaculaires en 1983 et un 10 à la dernière flèche de McKinney pour le titre au nez et à la barbe de Pace, on s'attendait à des feux d'artifice à Los Angeles. Les Jeux Olympiques de 1984 s'avérèrent être le point d'orgue dans la carrière de Pace; finalement, il aura mené dès le début pour ne jamais plus être approché. Avec trente-cinq points d'avance à la fin de la deuxième journée, il terminait avec un nouveau record olympique de 2616, 52 points devant McKinney, qui venait juste de battre Hiroshi Yamamoto pour la médaille d'argent à sa dernière flèche.

Quatre ans après sa victoire à Los Angeles, il était de retour dans l'équipe américaine aux côtés de McKinney et Jay Barrs pour les Jeux de Séoul.

Pour la première et unique fois, le format de la compétition individuelle avait été modifiée, avec des épreuves ‘demi FITA’ pour les éliminatoires. Pace terminait finalement 9e, éliminé au stade des demi-finales, alors que Barrs remportait l'or devant le Coréen Park Sung-Soo. Cette année 1988 allait aussi être marquée par l'introduction de la compétition par équipe, sous un format similaires comprenant des éliminations, et qui vit les Américains remporter la médaille d'argent derrière les Coréens.

Ce fut la dernière apparition olympique de Pace, bien qu'il essaya encore de faire partie de l'équipe américaine jusqu'en 2000.

Tout au long de sa carrière, Pace a affiché du mépris à l'égard de la sagesse traditionnelle, pensant que les défis offraient la plus grande de toutes les motivations.

“On m'a dit de ne pas regarder le tableau des scores [lors de tournois] car cela me rendrait nerveux, alors je l'ai fait,” disait-il. “J'ai toujours fait les choses que je n'étais pas censé faire, pour prouver que les autres avaient tort. J'ai battu des records du monde parce que quelqu'un avait dit que je n'y arriverais pas.”

Pace était connu pour passer la plupart de son temps d'entraînement à tirer à 90 mètres, parfois tard dans la nuit, utilisant les phares de son camion pour illuminer le terrain.

“Maîtrise les longues distances, et les autres distances suivront,” disait-il.

Il était reconnu pour avoir une position de pieds ouverte et une puissance d’arc élevée pour l’époque (54 lbs), et il fut le premier archer à utiliser un grand nombre d'améliorations techniques nouvelles dans le tir à l'arc classique, comme les V-bars et les cordes en Kevlar.

Mais sans hésiter son plus gros avantage était une confiance en soi inébranlable, alliée à une intense concentration, proche de la transe. Il évitait scrupuleusement d'analyser son mental, disant: “Je n'ai jamais lu [les] livres. Quelqu'un m'a dit un jour que mes idées sonnaient Zen. Peut-être, je ne sais pas... Mais je ne veux pas lire des livres au sujet du Zen. J'ai eu du succès dans ma carrière de tir à l'arc jusqu'à maintenant, et j'ai réussi cela moi-même.”

“Plus la pression dans un tournoi est forte, meilleure est ma qualité de tir. Point. Tout cela revient à ce contrôle de l'esprit et ce en quoi vous croyez. Vous pouvez vous faire croire à vous-même n'importe quoi en utilisant simplement l'esprit. Vous pouvez vous retrouver sur un tournoi où il pleut et vous dire à vous-même: ‘J'y vais et je tire ces flèches; il ne pleut pas’. Vou oubliez tout ce qu'il y a autour de vous.”

“Je voulais toujours aller un peu plus loin, et j'avais la volonté. Il n'y avait jamais de limite. La plupart des gens vacillent sous la pression, mais moi je réussis toujours mieux en compétition qu'à l'entraînement. Il y a beaucoup d'archers qui sont capables de bien tirer... mais si je pouvais leur donner un dixième de ma capacité à gérer la pression, ils seraient imbattables.” 

En 2011, Pace fut nommé l'archer masculin du 20eme siècle par World Archery. Il habite toujours dans l'Ohio, et il aime maintenant joué au bowling et au softball.

Le mot final revient à Rick McKinney, l'homme dont la carrière reste indissociable de celle de Pace.

“Darrell était l'adversaire le plus féroce. Il aimait la compétition. Il était l'un de ceux qui avaient toute la confiance du monde et ce qu'il disait pouvoir faire, il le faisait,” dit Rick. “Je ne compte plus le nombre de fois où il a battu son propre record à n'importe quelles distances. Sa concentration en compétition était exceptionnelle et son esprit de compétition était bien plus grand que tous ceux que j'ai côtoyés. Il était particulièrement fort lors des Jeux Olympiques.”  

Remerciements à Sarah Bernstein et George Tekmitchov.

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