Meilleurs archers olympiques de tous les temps: #1 Kim Soo-Nyung

7 juillet 2016
World Archery a dressé une liste des meilleurs athlètes olympiques de l'histoire du tir à l'arc depuis Paris 1900 jusqu'à Londres 2012.

Une partie des photos avec la permission de Yoshi Komatsu.

À l'approche des Jeux Olympiques 2016 à Rio, nous révélerons chaque semaine un autre ahtlète de notre liste des quinze meilleurs archers olympiques de tous les temps. Cette semaine, c'est au tour de…

#1: KIM SOO-NYUNG

CNO: Corée

Naissance: 5 avril 1971, Chungbeongbuk, Corée du Sud

Participations olympiques: 3 (Séoul 1988, Barcelone 1992, Sydney 2000)

Les médailles

Séoul 1988 Jeux Olympiques
Séoul 1988 Jeux Olympiques
Barcelone 1992 Jeux Olympiques
Barcelone 1992 Jeux Olympiques
Sydney 2000 Jeux Olympiques
Sydney 2000 Jeux Olympiques

La raison

Au cours des trois décennies, 17 femmes coréennes ont remporté des médailles d'or olympiques en tir à l'arc. Trois d'entre elles ont déjà fait partie de notre liste, mais il est un nom qui reste au-dessus du lot.

Avec quatre médailles d'or, une d'argent et une de bronze, Kim Soo-Nyung est l'archère de l'ère olympique moderne. A cela s'ajoute l'histoire remarquable de son come-back réussi.

En 1988, les Jeux avaient lieu à Séoul, en Corée. L'événement était largement considéré comme un tournant dans l'histoire du pays, un élément clé de sa transformation d'une nation pauvre ravagée par la guerre en une puissance industrielle. Les relation avec son voisin du nord étaient alors aussi complexes qu'elles le sont aujourd'hui, et un moment donné, le CIO avait suggéré que le CNO de la RPD de Corée accueille les compétitions de tir à l'arc, de football et de tennis de table au nord de la frontière, afin d'aider à promouvoir la paix.

La star de l'équipe coréenne, Kim Soo-Nyung, tirait depuis qu'elle avait neuf ans.

“J'ai changé d'école en temps-là, et c'est un enseignant qui m'a recommandé d'essayer. Le tir à l'arc était juste un passe-temps après l'école, je tirais après avoir étudié. Après un an, j'ai participé à une compétition régionale et j'y ai gagné l'argent en individuel,” dit-elle.

“je suis restée en contact avec l'enseignant, et des années plus tard je lui ai demandé: ‘Pourquoi m'avoir suggéré le tir à l'arc?’ Il a répondu, ‘tu es plus grande que les autres et la longueur de tes bras est assez longue’,” explique-t-elle.

A partir de 13 ans, elle a mis tous les efforts nécessaires dans le tir à l'arc, négligeant apparemment sa scolarité intermédiaire pour pratiquer le sport. Cela s'est avéré payant: Soo-Nyung a fait son entrée dans l'équipe nationale à 16 ans, année où elle a établi un record du monde à 30 mètres et remporté l'or individuel à l'épreuve internationale ‘COQ France’, tournoi précurseur de l'actuelle Coupe du Monde de tir à l'arc.

La machine olympique du tir à l'arc classique coréen étaiet déjà en place, glanant deux médailles individuelles à Los Angeles, mais allais tourner à plein régime d'ici à Séoul. Le format unique pour les Jeux de 1988 voulait que les archers tirent un ‘Grand FITA’ sur quatre tours sur le terrain de Hwarang field, la plus courte distance en premier; le nombre d'athlètes était alors réduit et les scores remis à zéro après chaque tour.

Les trois coréennes terminèrent toujours dans les cinq meilleures, mais Kim améliorait chaque jour son score.

“Je pouvais voir la médaille d'or arriver... Dans le dernier tour, j'ai tiré mes neuf flèches à 30 mètres et réussi le score parfait de 90 points. Je me suis sentie encore plus en confiance et fait de mieux en mieux. Quand la cible a été placée à 50 mètres, j'ai mis six des neuf premières flèches dans le 10,” se souvient-elle. “Je me suis remise en place, et j'étais dans mon jeu et tellement confiante que de nouveau c'est juste allé 10-10-10…”

La dernière distance de la finale était neuf flèches à 70 mètres.

“je me vois encore debout sur le pas de tir, à la cible numéro une. Il y avait trop de photographes, peut-être 30 ou 50 personnes. Ils prenaient trop de photos et faisaient beaucoup de bruit, avec leurs appareils photo à film de l'époque,” dit-elle.

“Je me souviens avoir pensé: ‘Vous faites votre travail et prenez une bonne photo de moi. Je vais tirer vaillamment, comme je l'ai fait à l'entraînement, je penserai à ma performance et à ce que je suis en train de faire, pas à la vôtre’.”

Kim remportait la médaille d'or avec un score de 344 et 12 points d'avance sur ses coéquipières Wang Hee-Kyung et Yun Young-Sook, deuxième et troisième, le trio coréen trustant les trois marches du podium. Elles étaient alors âgées respectivement de 17, 18 et 17 ans.

“Je pense que les autres compétitrices ont fait de leur mieux, mais ma performance avait vraiment atteint des sommets ces mois-là, c'est pourquoi il y avait une grande différence entre la première et la seconde,” commente Kim.

Le lendemain, toutes les trois se retrouvaient pour l'épreuve par équipe, jouée selon le même format, se terminant sur un résultat similaire et implacable: l'or pour les Coréennes avec 30 points d'avance, devant l'Indonésie deuxième et les USA au troisième rang.

Maintenant double médaillée d'or, Kim allait poursuivre son hégémonie mondiale, remportant deux championnats du monde consécutifs, en 1989 et 1991. Elle avait acquis le surnom de ‘La Vipère’ en raison de ses performances terrifiantes en match.

“Un des entraîneurs a commencé à m'appeler comme ça. J'ai trouvé que c'était un bon surnom, car cela faisait croire aux gens que j'étais plus forte que je ne l'étais!”

A un moment donné, elle détenait presque tous les records en plein air, y compris ceux aux quatre distance de l'Epreuve 1440 (70, 60, 50 et 30 mètres). 

Ce qui a fait la différence? Selon les propres mots de Soo-Nyung: “Pour moi, la stabilité du bras d'arc et la rapidité du tir. Avoir un fort bras d'arc c'est l'élément le plus important de la technique, car c'est la partie qui peut faire faire le plus d'erreurs. La rapidité dans le tir m'a apporté mes meilleures performances, mais je pense que chaque archer doit trouver le rythme qui fonctionne le mieux pour lui.”

“Réussir une performance constante est la chose la plus importante pour les archers. La plupart des médailles d'or olympiques ont des performances régulières, peu importe comment ils se sentent, et développer cette constance est une aptitude. Tout d'abord, il faut apprendre ce qu'il faut faire, ensuite apprendre davantage sur soi-même et ses sentiments, pour finalement réussir la performance,” dit-elle.

En 1992 à Barcelone, l'épreuve olympique désormais familière des matches allait être introduite dans la compétition individuelle. La finale opposait Kim à sa compatriote Cho Youn-Jeon, une athlète qui selon les dires calmait sa nervosité avant les compétitions en faisant de longures promenades la nuit dans les cimetières.

Kim s'est inclinée de sept points pour l'or face à Cho.

“Je tirais terriblement mal ce jour-là, malheureusement. Je pouvais voir la défaite arriver. Vous pouvez voir l'air malheureux sur mon visage lors de cette finale. Mais je me souviens avoir été satisfaite de ma dernière flèche, un 10 visé de manière précise. J'ai alors pensé que si je pouvais faire un 10 à la dernière flèche, je n'avais pas complètement tout perdu,” se souvient Kim.

Dans la compétition par équipe, les femmes coréennes avaient établi un record du monde dans l'épreuve de classement avec un score combiné de 4094 points. Cependant, elles devaient survivre à un barrage en quart de finale contre la Suède – Kim exécutant un dernier 10 crucial – avant de battre la France puis la Chine pour remporter l'or.

C'est sur un record de trois médailles d'or et une médaille d'argent olympiques que Kim a pris sa retraite sportive avec l'envie de fonder une famille.

“Je n'ai pas touché un arc pendant six ans. Je me suis mariée en 1994, ma fille est née en 1995 et mon fils en février 1999,” dit-elle.

mais cette année-là, quelque chose a changé. L'un des fabricants coréens de tir à l'arc voulait qu'elle travaille pour eux: “Je me suis dit que si j'avais la chance de faire quelque chose pour le tir à l'arc, je voudrais vraiment de nouveau être une athlète.”

“En fin de compte, la décision de revenir était simple, mais tirer fut plus difficile en soi que je ne le pensais. Je me demandais s'il me restait encore du talent, et j'ai dû travailler beaucoup plus dur que quand j'étais adolescente. Mais j'ai participé à une compétition nationale et j'ai terminé aux alentours de la 10e place, donc j'ai senti qu'il y avait encore du potentiel.”

A peine huit mois d'entraînement intensif plus tard, une fois de plus elle faisait partie de l'équipe olympique, cette fois pour les Jeux de Sydney 2000. La compétition individuelle allait la voir retrouver sa forme d'antan, avec cette capacité à  gérer la pression, clé de plusieurs victoires face à des adversaires plus jeunes.

Mais en demi-finale, elle se heurtait à sa compatriote Yun Mi-Jin, de 12 ans sa cadette, une archère qui avait appris beaucoup appris de son aînée. A deux flèches d'atteindre la finale, Kim tirait un 8. Yun touchait le 10 pour prendre la tête et un autre 10 pour remporter le match, 107-105. Yun allait ensuite battre Kim Nam-Soon pour l'or, alors que Soo-Nyung s'imposait devant Choe Ok-Sil de la RPD de Corée pour le bronze et un nouveau podium 100% coréen.

L'élève avait dépassé le maître.

“Nous avons appris de sa confiance," Kim Nam-Soon sur le fait d'avoir Kim Soo-Nyung comme coéquipière. "Nous avons beaucoup appris juste en la regardant, elle dégageait une telle confiance en elle-même.”

Il n'y eut aucune erreur dans la compétition par équipe deux jours plus tard, puisque le rouleau de compresseur coréen a écrasé chaque match d'au moins 12 points pour devenir championnes olympiques pour la quatrième fois de suite. Soo-Nyung avait récolté une quatrième médaille d'or et une de bronze, et pouvait retourner à sa retraite comme la plus décorée des archères coréennes de tous les temps.

“Nous attendons toujours de découvrir une archère qui peut la dépasser,” déclarait Yun Mi Jin en 2016. “Quand j'étais jeune, je voulais faire mieux qu'elle, c'était elle mon objectif. Si je n'avais pas eu un modèle comme Kim Soo-Nyung, je n'aurais pas été satisfaite de ce que j'ai accompli à Sydney. C'était réellement un honneur de tout simplement pouvoir participer aux Jeux Olympiques à ses côtés.”

La carrière de Kim Soo-Nyung a été marquée par son come-back miraculeux.

“C'était une décision personnelle pour moi. Certains archers coréens ont fait leurs retours dans d'autres pays, comme l'Amérique ou le Japon. Je pense que pour un Coréen revenir dans l'équipe nationale serait maintenant très difficile, mais on se sait jamais,” dit-elle. 

En 2011, Kim a été élue archère féminine du 20ème siècle par World Archery.

Elle se concentre maintenant sur sa famille, avec des incursions occasionnelles dans le coaching international: “Ma fille a essayé le tir à l'arc quand elle avait 10 ans, elle s'est entraînée deux ou trois fois par semaine pendant quelques mois. Elle n'était pas mauvaise, mais je lui ai expliqué que le tir à l'arc est un sport très dur; si tu tires bien c'est super, mais si tu tires mal tu pourrais ressentir trop de pression à cause de moi..”

“Elle a arrêté peu de temps après ça.” 

Qu'est-ce qu'elle ressent quand elle voit tirer l'équipe nationale actuelle?

“Je suis plus stressée comme spectatrice que comme athlète! Je pense que je leur fais confiance, mais je m'inquiète des erreurs qui pourraient arriver, car sous les règles actuelles chaque flèche est importante,” dit-elle.

Soo-Nyung conserve une passion profonde pour son sport: “Le tir à l'arc vous donne de la conviction. Les gens ont besoin de conviction tout le temps; pour bien manger, pour faire quoi que ce soit. Je dirais que le tir à l'arc est le meilleur sport pour avoir une belle vie.